L'histoire de l'adoption de Thomas (bulletin L'Éclosion, juin 2010)
Comment écrire notre histoire tout en vous intéressant? Là est le défi que je me suis donné. Tout a commencé voilà déjà quelques années. L’idée d’adopter un enfant était déjà bien ancrée en moi, mais jamais le moment opportun ne s’est présenté.
Déjà dans ma tête, j’avais une bonne idée (un beau bébé fille en parfaite santé était pour moi l’option). Donc, les années passent et la quarantaine approche et je n’ai toujours pas oublié ce projet. Suite à une petite annonce de la DPJ dans un journal local, le tout commence… J’appelle pour me renseigner, mais surprise! Nous ne répondons pas à leurs critères de sélection, car je travaille de nuit et mon mari travaille sur rotation et je ne peux me fier sur l’aide de mes deux filles, car elles n’ont pas 25 ans. Ce projet est d'ailleurs une décision familiale, mes filles sont très concernées et veulent autant que nous ce changement de vie.
Donc, suite à cette aventure, je fais le tour de tous les Centres Jeunesse pour avoir la même réponse. Je laisse tomber, mais l’idée de départ va devenir une vraie obsession, je dirais même que cela me hante tellement que ça devient un besoin vital, mais je n’ai pas l’argent pour aller à l’international, je vais même prendre contact
avec un avocat pour adopter à Haïti, mais cette fois là aussi c’est l’échec total. Je risque même de perdre beaucoup d’argent… Je vais jusqu'à chercher un deuxième emploi. C’est vous dire comment je veux réaliser ce projet qui est une vraie course contre la montre, car j’avance en âge et je le réalise de plus en plus. Mais il faut se rendre à l’évidence : ça ne fonctionne pas comme ça en adoption alors, il faut
continuer de chercher la solution.
Environ 1½ ans après tout cela, ma fille qui va toujours sur les sites Internet sur l’adoption trouve l’histoire qui va changer le cours de notre vie juste au moment où je ne pensais pas que cela était possible. En Chine, il y a un petit garçon de 3 ans qui est peut-être sourd et qui attend pour être adopté, mais parce qu’il est sourd, cela fait plus d’un an qu’il attend. Cette histoire vient me
chercher au plus profond de moi-même et je ne peux pas comprendre que juste pour ça il va rester en orphelinat. Le soir même, je discute de cela avec mon mari et, après une très courte réflexion d’environ 5 minutes, les dés sont jetés. Nous décidons que jamais nous n’aurons le temps d’économiser la somme nécessaire alors nous allons demander un prêt, les banques sont là pour ça. Je
contacte l’agence d’adoption et enfin l’aventure commence et pour vrai cette fois-là. Il était temps! Je suis consciente aussi que mon histoire d’adoption n’est pas la façon de procéder, car nous avons tout fait à l’envers et que cela aurait pu mal se terminer, mais il faut dire que j’avais ce projet tellement à coeur que cela ne pouvait pas
se faire autrement. De plus, il y a tellement de chosesà régler dans une adoption internationale que si toi tu ne crois pas en ton projet envers et contre tous, tu n’iras pas bien loin.
Cela va prendre 9 mois avant que toute la paperasse se termine, 9 mois! Une éternité pour nous qui cumulons tous ce que nous pensons qu’un petit garçon de 3 ans peut avoir besoin (des vrais déchaînés sur tout, jouets, linge et autres choses). Je peux vous dire qu’il était temps, car le manque d’espace commençait à se faire sentir dans la maison. Durant ce temps, il n’y a pas une journée, une soirée ou une nuit sans que nos pensées soient tournées
vers cet enfant qui est déjà le nôtre. Dans notre esprit, il
ne peut pas y avoir un autre enfant même si bien des choses nous séparent encore et que bien des personnes bien intentionnées veulent que nous reconsidérions notre choix, car elles nous disent que bien souvent il est trop tard pour ces enfants, que les dommages affectifs causés sont irréversibles. Mais pour nous, on ne peut pas avoir d’autres choix, si ils veulent que nous prenions un bébé eh bien! qu’ils nous donnent les deux, car pour nous on
ne peut pas laisser Thomas (pour nous même son nom faisait partie de notre quotidien) en arrière et poursuivre notre vie comme si de rien n’était. L’attente fut très longue, il ne fallait pas parler adoption, car nous partions sur le sujet à un tel point que je suis convaincue que j’ai tapé sur les nerfs de bien des gens autour de moi.
Mais enfin le grand jour est arrivé et ce n’est pas sans appréhension que nous nous envolions vers celui qui allait
devenir notre fils bien-aimé. Je me suis fait tellement de scénarios que plus rien ne pouvait me surprendre. Comme je suis trompée! Quand Thomas est arrivé, rien de ce que nous avions en tête s’est produit : la magie a fait son oeuvre, car enfin nous étions réunis. Tout le temps d’attente était oublié, car enfin nous avions notre fils
dans nos bras et surprise! les liens se sont tissés très vite. Cinq minutes après, nous quittions la place civile pour commencer notre nouvelle vie avec celui qui allait devenir une de nos raisons d’être, que de beaux souvenirs nous avons…
Thomas est un enfant à l’approche facile, il nous a fait confiance instantanément, quelle chance nous avons. Il est content pour tout, mais nous sommes restreints en communication. Qu’à cela ne tienne : nous arrivons quand même à nous comprendre, car sa volonté de communiquer est grande.
Suite à l’arrivée de Thomas, nous avions l’attestation de sa surdité et oui notre fils est sourd profond et la seul chance pour qu’il entende un jour est l’implant cochléaire. Vu l’âge de Thomas, l’opération a moins de chance de réussite que si cela avait été fait plus jeune. Toutefois, nous prenons la décision de tenter le tout pour le tout et si cela ne fonctionne pas, nous aurons le langage
des signes pour communiquer. Donc, après quelques mois de démarches, nous allons faire opérer Thomas à Québec. Je dois vous dire que cela fut pour nous une décision difficile à prendre, car nous ne voulions que le meilleur pour lui. Suite à l’opération, vient la réadaptation intensive. Pour vous donner une petite idée, cela veut dire environs trois jours de déplacement au centre durant
douze semaines en plus des deux semaines à Québec pour la programmation de l’implant. De plus, nous devions travailler l’attachement qui est un standard pour les enfants adoptés, en plus de lui faire voir se qui se passe dans un milieu de vie auquel il n’est pas habitué. On peut dire que les défis n’ont pas manqué en ce début de
nouvelle vie.
L’apprentissage du langage des signes fut pour nous un défi de tous les jours et je dois dire que même aujourd’hui, les efforts se poursuivent et je pense que cela va être comme ça encore un bon moment, mais il faut dire que Thomas en vaut vraiment la peine et que chaque effort que nous faisons est largement compensé par son intérêt. Pour nous, c’est le plus important. Pour ce qui est de son implant, suite à tous les efforts nécessaires, cela n’a malheureusement pas donné le résultat espéré, donc nous essayons encore et encore, car dans le cas de Thomas ce n’est pas l’implant qui ne fonctionne pas, mais c’est son cerveau qui ne veut pas comprendre l’avantage que cela pourrait lui apporter, mais peu importe si l’implant ne fonctionne pas, cela importe peu : nous allons adapter notre mode de vieà autre chose qui sera mieux pour Thomas et c’est tout. Je ne pense pas que c’est la fin du monde même si cela est décevant en soi. Car le plus important quand on décide d’adopter un enfant avec un certain handicap, c’est de se
faire le pire des scénarios en tête et se demander: si cette situation-là arrive, est-ce qu’on sera capable de vivre avec? Pour nous, cela ne change rien à notre amour pour lui et pour nous, Thomas n’est pas juste sourd, mais il est avant tout notre fils et juste pour cela il a tout notre amour. Pour tous les efforts déployés afin d’entrer en communication avec le monde qui l’entoure, il a tout
notre respect .
Voilà le résumé de notre grande aventure de la conquête de notre fils, l’histoire n’est pas terminée; je dirais même qu’elle se poursuit car notre désir d’avoir un enfant était si grand que nous avons eu un autre fils entre-temps. Alors c’est à suivre …Ce que j’aimerais laisser comme message à tous ceux qui sont dans cette attente de l’enfant tant désiré, c’est qu’il faut y croire et ne jamais abandonner.
Suite à notre dernière visite avec les spécialistes pour les implants cochléaires, il semblerait que Thomas ait fait de gros progrès, donc il n’y a rien de perdu et il faut juste persévérer encore. Il faut y croire et nous y croyons!
Nathalie Hamel (Notre-Dame-de-l’Ile-Perrot)
** Récemment, le couple a adopté un petit bébé
trisomique, Ilyas, une autre aventure inattendue remplie
de surprises qu’ils raconteront peut-être dans un autre bulletin L'Éclosion…
Catherine **