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Témoignage

Si vous lisez ceci, c’est que nous partageons quelque chose de très particulier.

Il y a quatre ans, alors que j’étais enceinte de jumeaux, j’ai appris lors de tests de routine que l’un de mes bébés était trisomique. Les semaines qui ont suivi ont été les plus difficiles et les plus bouleversantes de ma vie. Ma conjointe et moi devions faire face à ce qui semblait une question sans réponse : pourrions-nous offrir à ce petit être ce dont il aurait besoin, à court et a long terme?

Savoir que l’un de mes bébés n’était pas en parfaite « santé » m’a mise en état de choc. Personne ne s’attend à cela, personne n’est jamais préparé pour cela. Pire, je me sentais coupable. Qu’est-ce que j’avais fait pour que cela nous arrive? Qu’est-ce qui clochait chez moi? Peu importe combien de médecins, de connaissances, d’amis me disaient que ce n’était pas de ma faute, que ça « arrive », peu importe que mes recherches sur Internet disaient la même chose…

Je me disais : « alors pourquoi moi? »

J’ai avancé à l’aveuglette dans le noir pendant quelques temps. J’imaginais toutes sortes de scénarios : être dévisagés au parc. Des écoles spécialisées. Des thérapeutes. Des traitements. Des hospitalisations. Des enfants « normaux » qui nous pointent du doigt et chuchotent. Être rejetés par notre parenté. Tous ces scénarios jouaient dans ma tête sans arrêt.

Au fur et à mesure que le temps passait, j’ai pu davantage me concentrer sur les questions pratiques. Ma conjointe et moi étions respectivement dans la cinquantaine et dans la quarantaine, et sommes les plus jeunes dans nos familles et groupes d’amis. Il était clair que cet enfant, lorsque nous serions trop vieilles pour nous s’occuper de lui, finirait dans un institut ou dans un environnement non-familial. Ma carrière d’artiste est aussi très exigeante et ce n’est pas un aspect de ma vie que je pourrais sacrifier facilement. Après maintes discussions avec ma conjointe, il est devenu clair pour nous que nous ne pourrions pas offrir à cet enfant le foyer dont il aurait besoin.

Les démarches d’adoption étaient longues avec beaucoup de rencontres et de téléphones. Nous nous faisions demander sans arrêt si nous étions certaines. Nous avons été interviewées par la travailleuse sociale locale qui a créé un fichier d’information sur nous, probablement pour la famille adoptive au cas où notre fils biologique voudrait un jour avoir des informations sur ses racines. Nous avons rempli des formulaires et on nous a offert un service d’aide génétique (que nous avons refusé). Pour une femme comme moi, plus âgée et enceinte de jumeaux, c’était à certains instants plutôt épuisant. Mais nous avons rencontré beaucoup de gens qui nous ont soutenus, encouragé, le cœur grand ouvert. C’est l’une des merveilleuses surprises que cette situation nous a apporté.

Une des plus grandes et des meilleures surprises a été de découvrir l’Association Emmanuel. Notre travailleuse sociale nous a appris que nous allions rencontrer la directrice d’un organisme sans but lucratif qui favorise l’adoption d’enfants avec des besoins spéciaux et qui offre du support aux familles. Nous avions peur de cette rencontre, certaines que nous serions jugées et blâmées d’abandonner notre enfant.

Et bien, cela n’aurait pu être plus loin de la réalité. Je n’oublierai jamais le jour de cette rencontre. Notre travailleuse sociale nous avait laissées dans une salle de réunion pour accueillir Catherine et une collègue. Ma conjointe et moi étions accrochées l’une à l’autre, en sueur, inconfortables et apeurées. Elles sont ensuite entrées dans la salle. Je me souviens avoir regardé ma conjointe et avoir compris qu’elle ressentait la même chose : tout allait bien se passer.

À partir de ce moment, notre expérience de l’adoption a complètement changé. Catherine, finalement, ne désirait que faire un bon jumelage pour notre enfant. Elle nous a assurées qu’il était clair que nous aimions ce bébé et que c’était comme parents responsables et aimants que nous avions pris cette décision. Nous étions abasourdies; c’était loin de la réaction de jugement à laquelle nous nous attendions.

Ma conjointe et moi sommes ressorties de cette expérience avec la conviction que notre fils était dans le meilleur endroit possible pour lui, dans une famille avec de jeunes parents et plusieurs frères et sœurs et une famille étendue qui l’accueillerait.

Je n’avais pas compris avant la naissance qu’Emmanuel supporte non seulement les familles adoptives, mais aussi les parents biologiques. Je continue de faire du bénévolat pour l’association; c’est une façon pour moi de contribuer. Je sais, au plus profond de mon cœur, que la décision que nous avons prise était la bonne.

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