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Facteurs génétiques et TDAH

J’ai assisté le 11 avril dernier à une conférence donnée par Dre Sarojini Sengupta (« ADHD : Genetic and Epigenetic Factors ») durant une journée de formation sur le trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) donnée à l’Institut Douglas de Montréal. Dre Sengupta est professeure adjointe au département de psychiatrie de l’université McGill. Spécialisée en génétique et en épigénétique des troubles du développement neurologique, elle se concentre particulièrement sur le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Elle a étudié l’interaction entre les facteurs génétiques et environnementaux dans le développement du TDAH, incluant les degrés de sévérité et le niveau de réponse au traitement.Voici un sommaire de sa présentation.

Facteurs environnementaux ayant un impact sur le TDAH

Nous savons déjà que le TDAH a une part génétique et une part environnementale. C’est-à-dire que le TDAH est un trouble en partie héréditaire; l’héritabilité de ce trouble est d’environ 80%. La composante environnementale, et donc résultant de notre histoire de vie, est toutefois non négligeable. Plusieurs facteurs de risques augmentent la possibilité de développer un TDAH:

Prénataux et périnataux :

  • Consommation de tabac par la mère in utero (plus la quantité de cigarettes consommées est grande, plus les manifestations sont grandes)
  • Consommation d’alcool et/ou de drogues in utero
  • Poids faible à la naissance
  • Complications durant la grossesse et/ou à l’accouchement : on a constaté que plusieurs personnes avec un TDAH ont eu des complications prénatales ou périnatales.
  • Stress sévère durant la grossesse

Exposition à des toxines :

  • Pesticides
  • Biphényles polychlorés
  • Plomb

Nutritionnels : Déficits sévères en zinc, magnésium, acides gras polyinsaturés

Psychosociaux :

  • Adversités vécues par la famille
  • Faible revenu
  • Conflits parent-enfant
  • Négligence, carence précoce sévère

 

Et l’épigénétique dans tout cela?

On s’intéresse de plus en plus à l’épigénétique, cette branche de la génétique qui étudie les changements dans les gènes qui ne peuvent être expliqués par des changements dans l’ADN. L’épigénétique explique comment des événements peuvent modifier les gènes, c’est-à-dire comment les gènes peuvent être «  sculptés » par le milieu environnemental. Le plus étonnant, c’est que ces gènes modifiés sont ensuite transmissibles de génération en génération.

La question n’est pas de savoir si les causes sont génétiques ou environnementales. Nos gènes et notre environnement se modèlent l’un l’autre, c’est ce que nous dit l’épigénétique.

Un génotype peut être exprimé seulement lorsqu’il est exposé à un environnement particulier; à son tour, l’influence de l’environnement sur un trait diffère selon la prédisposition génétique d’une personne.

En somme, nos gènes se développeront dans un environnement particulier, et notre environnement influencera un trait, comme le TDAH, selon nos gènes.

L’étude du TDAH en génétique

Dre Sengupta a présenté lors de sa conférence comment la génétique aborde l’étude du TDAH et ce que les dernières recherches ont permis de découvrir. Elle nous a présenté deux façons d’étudier le TDAH : les études de liaison (linkage studies) et la cartographie de précision (fine mapping). On peut ainsi observer spécifiquement les gènes potentiellement concernés ou encore le génome en entier.

Par exemple, voici un graphique représentant comment on peut lier, familialement, la possibilité de développer le TDAH:

linkage studies

Nous avons un couple dont le père, ayant un TDAH, est porteur du chromosome rouge. La mère n’est pas porteuse de ce chromosome. Ils ont trois enfants : une fille qui hérite du chromosome rouge, et donc le TDAH, un garçon non porteur, et une autre fille avec un TDAH. Cette dernière a, à son tour trois enfants : deux garçons dont un seul est porteur du chromosome rouge, et une fille qui n’hérite pas du chromosome.

Les études de liaison permettent ainsi de tracer la ségrégation d’un trait ou de chromosomes. Les chercheurs ont découvert par cette méthode une région en lien avec le TDAH : la région 4q13.2. La cartographie de précision leur a permis de découvrir un gène qui est problématique avec le TDAH : le LPHN3.

Ce gène encode une protéine, la latrophiline-3. Un mauvais fonctionnement du LPHN3 est lié à une réduction des neurones dopaminergiques et à une augmentation de l’impulsivité et de l’hyperactivité. Le lien entre la latrophiline-3 et le TDAH a été confirmé par plusieurs recherches indépendantes.

Des indices donnés par la pharmacologie ont aussi orienté les recherches. En effet, on s’est aperçu que le méthylphénidate, psychostimulant utilisé pour le TDAH, bloque les transporteurs de dopamine et de norépinéphrine. Les chercheurs ont ainsi particulièrement concentré leurs recherches sur les gènes qui concernent la dopamine, la norépinéphrine et la sérotonine.

En conclusion…

En conclusion, il n’y a pas un seul facteur qui cause le TDAH. Des facteurs à la fois génétiques et environnementaux sont impliqués, ainsi qu’une régulation épigénétique. Nous continuerons sans l’ombre d’un doute à faire d’autres découvertes sur le TDAH, tant dans le domaine de la génétique que dans d’autres domaines scientifiques.

 

Claude-Hélène Desrosiers

 

 

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