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Les troubles anxieux chez les jeunes

par Claude-Hélène Desrosiers

Imaginez un taureau fonçant sur vous à toute allure. Grâce à votre réaction de stress, vous libérerez des hormones qui vous permettront de courir vite, et sauter haut par-dessus la clôture!

Imaginez que vous faites un concert de musique, ou une compétition sportive. Vous êtes nerveux, le cœur qui débat, les mains moites… Ce stress vous permet d’être alerte durant votre performance.

Il est tout à fait naturel et utile d’éprouver du stress. Cela devient un problème si on ressent la même chose que si un taureau fonçait vers nous… sans qu’il y ait un taureau. Ce mécanisme qui nous protège, normalement, devient handicapant dans la vie de tous les jours.

Il y a des niveaux d’anxiété. Certaines personnalités ont naturellement une tendance vers l’anxiété. Ce n’est pas pour autant un trouble. Par contre, si l’anxiété éprouvée est telle qu’elle nous empêche de fonctionner au quotidien (à la maison, au travail, à l’école) et si elle nous préoccupe beaucoup et nous fait souffrir, on dit alors que l’on a un trouble anxieux.

Les femmes sont deux fois plus touchées par les troubles anxieux que les hommes. Au total, c’est 12% des Canadiens qui en souffrent. C’est le trouble de santé mentale le plus fréquent chez les enfants et les adolescents.

Types de troubles anxieux

On englobe dans les troubles anxieux plusieurs types de troubles :

  • Trouble panique
  • Trouble obsessif-compulsif
  • Phobie sociale
  • Trouble d’anxiété généralisée
  • Phobie spécifique (les serpents, l’eau, le métro…)
  • Syndrome de stress post-traumatique

Chez les enfants, on retrouve plutôt de l’angoisse de séparation  ou alors du mutisme sélectif. Les enfants qui ont une angoisse de séparation sont incapables de se séparer temporairement de leur figure d’attachement. Ils éviteront toute situation qui les y confronterait : aller dormir chez un ami, par exemple. Ils éprouvent des inquiétudes très accaparantes quant à la possibilité d’un danger qui pourrait les séparer de leur figure d’attachement : se faire enlever, que le parent meure, etc.

Le mutisme sélectif, quant à lui, décrit le phénomène de l’enfant qui est incapable de parler dans certaines situations, alors que dans d’autres, il le peut. Par exemple, un enfant pourrait ne parler qu’avec sa famille, à la maison.

Manifestations

Psychologiquement, les troubles anxieux se traduisent en :

  • anxiété excessive
  • sentiment de peur, d’inquiétude
  • comportements d’évitement et de compulsivité

L’anxiété se manifeste également physiquement :

  • Palpitations cardiaques
  • Pression sanguine élevée
  • Tremblements
  • Douleurs thoraciques
  • Sensation d’être étouffé
  • Sueurs abondantes
  • Nausées
  • Étourdissements
  • Engourdissements ou des picotements
  • Bouffées de chaleur ou des frissons

De quoi ont-ils peur?

Chez l’enfant, les peurs sont surtout reliées à la peur de mourir : peur des monstres, du tonnerre, des insectes, etc.

Chez l’adolescent, les peurs se transforment vers des choses plus représentatives de leur réalité et moins instinctives : peur des maladies, des piqûres, des agressions, etc. L’adolescent peut également avoir peur de choses qui ne sont pas liées à la mort mais plutôt liées à la peur de « devenir fou » : peur de l’échec, peur de ne pas être normal… Enfin, on voit apparaître une troisième catégorie de peur liée au jugement des autres, celle d’avoir « l’air fou» en étant ridiculisé ou d’être exclu.

Origine des troubles anxieux

Il n’y a pas de réponse simple à cette question! Il s’agit d’une combinaison de facteurs.

Héritage génétique et instinct

C’est grâce à la peur que nous avons pu survivre à travers le temps. Nous avons en nous des traces de cet instinct de survie. Par exemple, beaucoup d’entre nous avons peur des serpents, mais très peu se sont déjà fait mordre par un serpent! Cette peur n’est pas basée sur des expériences de vie, mais sur un instinct de survie. Des facteurs génétiques, comme une vulnérabilité au stress, peuvent être transmis génétiquement.

Personnalité

Certains d’entre nous sommes anxieux de nature. Cela fait partie de notre personnalité! À noter que les personnes ayant une faible d’estime de soi et une faible capacité d’adaptation sont beaucoup plus susceptibles de développer un trouble anxieux. Voici quelques traits de personnalité que partagent souvent les personnes avec un trouble anxieux :

  • Personnes insécures
  • Pensent souvent en termes absolus
  • Timidité, inhibition
  • Prédisposition à ressentir des émotions négatives
  • Tendance à répondre avec beaucoup d’intensité aux stimuli négatifs et à éviter les punitions
  • Tendance à interpréter des sensations physiologiques comme étant dangereuses physiquement ou psychologiquement.

Environnement

Nous sommes grandement influencés dans notre développement par notre environnement. A-t-on une figure d’attachement rassurante vers qui se tourner? Répond-on à nos besoins d’enfant?

Tout grand stress vient également augmenter les possibilités d’un trouble anxieux :

  • divorce des parents, maladie d’un parent, relation parent/enfant difficile, pauvreté
  • relations difficiles avec les pairs: l’intimidation, par exemple
  • traumatisme vécu lors de la grossesse (mort du conjoint, guerre, etc.)
  • abus durant l’enfance

Un traumatisme peut amener une surproduction de cortisol en situation de stress. On peut observer une différence au niveau de l’hippocampe de ces personnes fragilisées.

Chimie du cerveau

Un déséquilibre chimique dans le cerveau peut aussi contribuer à développer un trouble anxieux.

Comment ça marche?

Tout part d’un sentiment de danger. Que l’on soit face à un taureau ou que l’on soit confronté à prendre l’ascenseur, le sentiment est le même : on ressent un danger.   C’est-à-dire que notre tête peut très bien savoir que l’ascenseur n’est pas réellement dangereux, que des milliers de gens l’utilisent chaque jour sans risque… En gardant toutefois un sentiment de panique (et si cette fois, l’ascenseur brise?) qui nous fait plutôt prendre l’escalier, ce qui renforcira notre peur à chaque fois… Si on a peur, on évite la situation. Chaque fois qu’on évite la situation, cela confirme la peur et la renforce, lui donne du pouvoir sur nous. Et on finit rapidement par avoir peur d’avoir peur. Si j’ai peur d’avoir l’air fou en public, je me mets à trembler, et plus je tremble, plus je panique!  On se surveille constamment, on vérifie nos symptômes physiques (ce qui nous rend plus anxieux), on est hypervigilant. 

Ainsi, peu importe si le danger est imaginé ou réel, le sentiment de danger est là, et la réaction d’anxiété, avec son lot de sensations physiques et psychologiques, s’ensuit. Ces sensations sont tellement désagréables, qu’une réponse est suscitée : lutter ou fuir (ou éviter)! Dans tous les cas, on tente de contrôler ce qui se passe. Ultimement, toutes les peurs sont reliées à la peur de perdre le contrôle sur quelque chose. Cette notion de contrôle est très importante chez les anxieux, qui déploieront souvent des efforts démesurés pour contourner une situation… C’est ainsi qu’avec une phobie de l’ascenseur, je pourrais fort bien refuser la promotion de mes rêves si mon bureau était situé au 30e étage d’une tour à bureaux…

Anxiété et attachement

Évidemment, l’insécurité amène un taux élevé d’anxiété chez l’enfant. L’ambivalence, l’incohérence entre le discours et les actions et l’insécurité de la figure parentale est un grand stresseur :

“La réponse incohérente du parent entrave la capacité de l’enfant à développer les habiletés d’auto-régulation et le sentiment de sécurité qui lui sont nécessaires pour prendre des risques afin d’explorer son environnement et s’engager dans des interactions sociales.”

YOUNG & SZPUNAR, 2012

Ainsi, il est facile de créer une spirale tout sauf constructive : le parent va renforcer l’anxiété de l’enfant qui évitera le plus que possible les «risques » de la vie qui lui permettraient pourtant de se développer normalement, surtout si le parent est lui-même anxieux. Ce type de parent sera davantage porté à être plus contrôlant dans le parentage, ce qui aggravera l’anxiété de l’enfant avec le temps et le poussera à éviter les stress.

“Le fait de limiter l’autonomie des enfants a un impact très fort sur l’anxiété durant l’enfance, probablement parce que les enfants dont l’autonomie est restreinte ne s’engageront pas dans des activités qui les feraient grandir socialement et leur permettrait d’acquérir un sentiment de maîtrise.”

YOUNG & SZPUNAR, 2012

L’enfant a besoin d’être entendu et recevoir une réponse appropriée à ses besoins. Bien souvent, le problème existe et persiste parce que le parent a du mal à décoder les besoin de son enfant et d’y donner une réponse adéquate. Cette habileté est directement liée à la propre histoire d’attachement du parent : a-t-il été entendu? A-t-on répondu à ses besoins?

Traitements

Les troubles anxieux peuvent être traités principalement par une thérapie comportementale. Pour les cas plus lourds, une médication peut s’ajouter à la thérapie.

La thérapie consiste essentiellement à :

  • Modifier la perception de perte de contrôle : ce contrôle ressenti comme essentiel pour survivre est en fait ce qui emprisonne dans l’anxiété.
  • Changer le focus : il faut diminuer toute cette attention dirigée sur le corps à surveiller le moindre signe d’alerte.
  • Défaire les habitudes : en gros, il s’agit de faire face!
  • Changer notre perception de la menace : il faut apprendre à bien juger ce qui est une réelle menace de ce qui ne l’est pas. Cela se fait en apprenant à changer nos impressions et perceptions.

En guise de conclusion, voici de sages paroles que l’on retrouve sur la page d’information sur les troubles anxieux de l’Hôpital Douglas :

“Il existe, à propos des troubles anxieux, une vérité simple qui a des implications profondes: les gens n’ont des attaques de panique que lorsqu’ils ne le veulent pas, et ils n’en ont jamais dans des situations où cela importe peu. C’est parce que la plus grande part de l’anxiété est créée par nos efforts pour la contrôler. En acceptant de se sentir anxieux de temps à autre, la peur de la peur, qui constitue 95% de la panique, ne survient jamais. “

Histoire de cas: Olivier

Olivier est en 5e année du primaire. Il a toujours été un enfant vulnérable à toutes sortes de maladies : asthme, otites, maux de ventre… Il a beaucoup de mal à s’adapter aux changements. Par exemple, quand il a déménagé avec sa famille, il a passé plusieurs mois à réclamer sa mère la nuit, il disait avoir peur et n’arrivait pas à réguler son sommeil comme un enfant de son âge. Il a aussi dû changer d’école et cela ne s’est pas bien passé. Il ne se fait pas d’amis et ses notes chutent. En fait, depuis quelques semaines, chaque matin c’est une crise : il ne veut plus du tout aller à l’école.

Il a plusieurs peurs qui surprennent par leur caractère irrationnel : peur de mourir pendant son sommeil, peur de s’empoisonner avec la nourriture, peur de perdre sa mère. Il tente de ne pas s’endormir chaque nuit et quand il finit par s’endormir, il se réveille fréquemment et fait de nombreux cauchemars. Quant à sa peur de perdre sa mère, c’est une peur qui prend beaucoup de place. Sa mère ne sort pas, car il fait des crises impressionnantes et éprouvantes chaque fois qu’elle doit le faire. C’est beaucoup moins pénible pour elle de simplement rester à la maison.


La famille au complet est épuisée de la situation. Les parents se demandent ce qu’ils ont raté pour qu’Olivier soit comme cela. Les peurs d’Olivier dominent le quotidien de tout le monde. Sa mère s’en veut et plus elle se sent coupable, plus elle s’inquiète, plus Olivier semble fragile. C’est un cercle vicieux qui n’en finit plus. C’est là que les parents vont consulter leur médecin de famille. Constatant un trouble anxieux, il les dirige aussitôt vers l’équipe de santé mentale de leur CLSC.


Olivier débute une thérapie avec un psychologue spécialisé. On favorise des expériences positives de socialisation et de séparation d’avec la mère. L’enfant développe des outils pour s’apaiser et vivre au quotidien. Du côté de la famille, on encourage le père à s’impliquer davantage auprès d’Olivier et on encourage une certaine distance entre la mère et l’enfant.

Sources
Boivin, Johanne et Zarelli, Marianna. « Troubles anxieux chez l’enfant et l’adolescent ». [En ligne]. CHU Ste-Justine. http://www.chu-sainte-justine.org/documents/Pro/pdf/Troubles-anxieux.pdf [Consulté le 17 février 2014].
Centre of Knowledge on Healthy Child Development. « Problèmes d’anxiété chez les enfants et les adolescents. » [En ligne]. Santé mentale pour enfants Ontario. http://www.kidsmentalhealth.ca/documents/res-anxiety-french.pdf [Consulté le 17 février 2014].
Institut Douglas. « Troubles anxieux : causes et symptômes », [En ligne]. http://www.douglas.qc.ca/info/troubles-anxieux-traitements [Consulté le 17 février 2014].
Institut Douglas. « Troubles anxieux : traitements », [En ligne]. http://www.douglas.qc.ca/info/troubles-anxieux  [Consulté le 17 février 2014].
Maheu, Françoise S. « Troubles anxieux et fonctionnement du cerveau chez les jeunes », Conférence de l’Association Revivre du 9 février 2010. [En ligne]. http://www.revivre.org/tinymce/jscripts/tiny_mce/plugins/filemanager/files/files/Conferences/Troubles%20anxieux%20et%20fonctionnement%20du%20cerveau%20chez%20les%20jeunes%20Francoise%20S.%20Maheu.pdf [Consulté le 17 février 2014].
Simard, Hugues. « Les troubles anxieux chez l’enfant et l’adolescent ». [En ligne]. Revivre. http://www.revivre.org/tinymce/jscripts/tiny_mce/plugins/filemanager/files/files/T.%20anxieux/Les%20troubles%20anxieux%20chez%20lenfant%20et%20ladolescent.pdf [Consulté le 17 février 2014].
Turecki, Gustavo. « La maltraitance infantile marque le cerveau ». [Vidéo en ligne]. http://www.douglas.qc.ca/videos/167 et http://www.douglas.qc.ca/videos/168 [Consulté le 9 décembre 2013].
Young, A.R. et Szpunar, M. «  La peur et l’anxiété chez les jeunes enfants et l’encadrement parental », [En ligne] Cahier recherche et pratique, vol. 2, no.1, mars 2012, p. 10-14, www.ordrepsy.qc.ca/cahierrecherche  [Consulté le 17 février 2014].
Zacchia, Camillo. « Que se passe-t-il dans la tête des étudiants anxieux? ». [Vidéo en ligne].  http://www.douglas.qc.ca/videos/171 et http://www.douglas.qc.ca/videos/172 [Consulté le 17 février 2014].
Cet article est tiré de notre Journal L’Éclosion de mars 2014.
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