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Adolescence, TDAH et dépendances

par Claude-Hélène Desrosiers

Le TDAH touche plusieurs familles. En effet, c’est un trouble qui a une prévalence de 6-9% dans la population. Pour décrire brièvement sa présentation, on peut dire qu’il s’agit d’un trouble de la modulation :

Et comment cela se manifeste-il plus spécifiquement à l’adolescence?

L’adolescence: une période très importante de développement

Jusqu’à 21 ans, le cerveau continue de se développer. Pour les jeunes ayant un TDAH, il y a un retard d’environ 3 ans sur la maturation corticale. La maturation corticale du cerveau est très vulnérable aux effets de la drogue et de l’alcool et paradoxalement, c’est à cet âge qu’il y a le plus d’expérimentation de substances.

La période qui va de l’adolescence au début de l’âge adulte est critique pour le développement des troubles associés et sur la trajectoire évolutive de la personne atteinte de TDAH.

Une personne qui n’arrive pas à se projeter dans le futur (et donc d’imaginer des conséquences) et qui est très impulsive est donc très à risque pour toutes sortes de dangers. Les études ont démontré, par exemple, que les personnes avec un TDAH, comparativement au reste de la population, avaient :

  • 20 fois plus de risques de mort violente (non-médicale: accident, suicide…)
  • + de disputes, de divorces et de séparations
  • 2 à 4x plus de risques d’abus de substances
  • + faible revenu: 8,000-15,000$ de moins par année avec une formation équivalente
  • + absentéisme, + pertes emploi
  • 50% + accidents vélo, 30% + visites à l’urgence
  • + de grossesses non planifiées

Vulnérabilité aux abus de substances

Dans la population générale, quels facteurs rendent un adolescent particulièrement vulnérable à la dépendance aux substances? La littérature scientifique nous apporte un éclairage sur le sujet. D’abord, on ne peut pas dire qu’il s’agisse uniquement de facteurs génétiques ou uniquement de facteurs environnementaux. C’est plus probablement l’interaction de ces deux types de facteurs qui fait éclore les problèmes d’abus de substances.

Toutes les drogues addictives stimulent fortement la neurotransmission de dopamine. Plus fort et rapidement une drogue agit sur la dopamine, plus elle créée une sensation d’euphorie, de récompense, la rendant ainsi addictive.

Ensuite, certains facteurs de risque ont été identifiés. Par exemple, la consommation d’alcool par la mère durant la grossesse accroît le risque de consommation d’alcool par le jeune durant l’adolescence. Il existe aussi un lien entre l’abus de substances durant l’adolescence et certains traits : difficulté à se contrôler, recherche de sensations fortes, agressivité, impulsivité et une grande difficulté à attendre toute gratification. Ces traits durant la petite enfance peuvent prédire une propension à l’abus durant l’adolescence.

Vulnérabilité aux abus de substances chez le jeune ayant un TDAH

Quel est le lien entre TDAH et risque d’abus de substances?

Période prénatale
  • L’alcool et la nicotine pendant la grossesse accroît le risque de TDAH.
Adolescence
  • 1 jeune sur 4 qui a une consommation de substances problématique a aussi un TDAH.
  • Le TDAH est lié à une consommation plus précoce.
Âge adulte
  • Les fumeurs qui ont un TDAH fument plus et ont plus de mal à arrêter.
  • Les symptômes de TDAH prédisent la dépendance et le niveau d’exposition au tabac
  • Le TDAH est lié à une forte dépendance aux substances. 1 adulte sur 2 ayant un TDAH persistant ont un usage problématique de substances.

TDAH, jeux vidéo et Internet

La nouvelle génération de jeux vidéo suscite la dépendance avec un modèle de conditionnement opérant. On renforce et récompense l’utilisation prolongée et fréquente. À l’inverse, le joueur est «puni» (perd des acquis) lorsqu’il ne joue pas assez longtemps ou assez souvent. De plus, les jeux sont plus accessibles aujourd’hui et moins chers.

Au même titre que les autres dépendances, les personnes avec un TDAH sont plus susceptibles de développer une dépendance à l’Internet, particulièrement s’i il y a aussi dépression. En fait, le TDAH et la recherche de sensations fortes sont des facteurs de prédisposition d’une utilisation pathologique d’Internet et des jeux vidéo.

Comment reconnaître une dépendance à Internet et aux jeux vidéo?

  • Préoccupations liées à l’utilisation; détresse si on ne peut y accéder
  • Effets de tolérance : le besoin d’utilisation augmente avec le temps
  • Plusieurs tentatives, sans succès, de contrôler le temps passé sur Internet
  • Perte d’intérêt dans les autres activités
  • Utilisation excessive même si la personne est consciente des problèmes que cela cause
  • Avoir dupé son entourage concernant le temps qui y est consacré
  • Utiliser l’Internet pour auto-réguler ses humeurs
  • Avoir perdu des relations ou compromis sa vie professionnelle/ scolaire à cause de l’utilisation excessive

Ce qu’il faut savoir, c’est que ce n’est pas la durée, le temps d’utilisation qui est problématique mais plutôt l’impact, le niveau de dysfonctionnement dans la vie de tous les jours.

Impact sur les relations sociales et la réussite scolaire

Les réseaux sociaux et les jeux en ligne peuvent nuire aux relations avec les pairs. Le jeune a l’impression qu’il a beaucoup d’amis, qu’il socialise beaucoup en ligne, mais en fait, il ne connait pas ni n’a jamais rencontré ces «amis». Ce que font en réalité les réseaux sociaux, c’est ni plus ni moins qu’exacerber les difficultés sociales des gens.

Plus particulièrement pour les jeunes femmes avec un TDAH, les recherches ont trouvé que celles-ci apprécient davantage les communications en ligne plutôt que face à face. Elles sont aussi plus sujettes à communiquer avec des étrangers que les femmes sans TDAH.

En ce qui concerne les effets d’une utilisation pathologique d’Internet ou des jeux vidéo sur la réussite scolaire, l’impact dans le quotidien sera plus grand pour la personne avec un TDAH, à temps égal d’utilisation. Plus importants sont les symptômes de TDAH, plus la personne sera affectée par un dysfonctionnement causé par l’utilisation pathologique d’Internet.

Comment aider son jeune

Alors que peut-on faire, comme parent, pour aider son jeune avec un TDAH? Dès l’enfance, on peut aider son enfant à acquérir des habiletés pour mieux gérer ses émotions et son impulsivité. Il est important aussi de l’aider à développer son estime personnelle; cela lui servira grandement à l’adolescence. Encore au niveau de l’estime, il est très important de vivre des succès. Le jeune développe son autonomie quand il expérimente des situations où il est compétent, sans que ce soit sous le regard trop autoritaire ou surprotecteur de l’adulte. Le sentiment de compétence se forge à travers les succès.

Il faut se rappeler comme parent qu’à l’adolescence, le regard des pairs est plus important que celui de la famille car le jeune construit une identité qui lui est propre. Cette tâche s’effectue par le développement d’une connaissance de ses valeurs et de ses objectifs propres. L’attitude la plus aidante pour notre adolescent, c’est de soutenir ses aspirations et ses rêves.

[Au niveau des abus de substances],  «il est très important de savoir que des études scientifiques ont démontré que le traitement médical du TDAH par des psychostimulants n’aggrave pas et pourrait peut-être réduire le risque de toxicomanie chez les gens atteints de TDAH».

A. Vincent, 2014

Dr Bélanger, pédiatre spécialisé auprès des adolescents, va plus loin en affirmant que plus on traite le TDAH tôt, plus on diminue les risques de consommation à l’âge adulte et que chaque année de report du traitement du TDAH augmente le risque de consommation chez l’adulte (Bélanger, 2016). Il faut donc voir la médication pour le TDAH comme un facteur de protection pour notre enfant, surtout durant les années de développement cruciales que sont la période de l’adolescence et le début de l’âge adulte.

Sources
Bélanger, R. « Substances illicites et TDAH chez les ados: état des lieux ». Congrès sur le TDAH, Québec, 19-20 mai 2016.
Bilkey, T.S. « ADHD and addictions ». 9e conférence annuelle CADDRA, Montréal, 4-6 octobre 2013.
Guay, M.C. « TDAH, Internet, jeux vidéos et réseaux sociaux: balises S.V.P.! ». Congrès sur le TDAH, Québec, 19-20 mai 2016
Ingram, R.E., Price, J.M. et al. (2010) « Vulnerability to psychopathology : Risk across the lifespan ». New York, The Guilford Press.
Lessard, M., « Réconcilier adolescence et espoir : pistes d’intervention réparatrices ». Conférence du 3 mai 2014, Drummondville.
Rostain, A.L. « Aux frontières du TDAH ». Congrès sur le TDAH, Québec, 19-20 mai 2016
Vincent, A. (2014) « Mon cerveau a ENCORE besoin de lunettes. Le TDAH chez l’adulte ». Montréal, Les Éditions Québec-Livres.
Vincent, A. «TDAH : un monde de découvertes ». Congrès sur le TDAH, Québec, 19-20 mai 2016

Cet article est tiré de notre Journal L’Éclosion de juin 2017.
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