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L’automutilation

par Camille Sigouin, étudiante au baaccalauréat en psychoéducation

L’automutilation est un comportement autodestructeur qu’on peut définir comme l’ensemble des configurations motrices destructrices infligées par un individu à son propre corps. En d’autres mots, c’est «une allitération ou une destruction délibérée et directe des tissus du corps, sans danger pour la vie ni intention suicidaire consciente» (Delarai-Chabaux et Roche, 1996; Lundh,Karim et Quilisch, 2007; Skegg, 2005 cités par Chandela, 2011). Bien que l’automutilation soit un problème listé dans le DSM-5, soit le guide de diagnostics des troubles mentaux, il est considéré comme découlant d’autres troubles, comme le trouble de personnalité limite.

Quelles sont les causes de l’automutilation?

Pour certaines personnes, l’automutilation peut être perçue comme une façon de se réapproprier leur corps dans le but de pouvoir retrouver un contrôle sur celui-ci et d’utiliser leur corps comme une façon de se soulager. Un sentiment d’impuissance face à une situation peut également amener une personne à se révolter contre elle-même et donc à s’automutiler. Le geste pourrait être dû à un fort besoin de soulager de la douleur ou de l’angoisse, de sortir d’une sensation de torpeur.

Pour d’autres, il s’agit d’une façon de «faire face» à des difficultés rencontrées antérieurement ou de diriger leur peine ou leur rage vers eux-mêmes, ou encore comme réponse à une mauvaise gestion des émotions négatives comme la colère, la tristesse, l’anxiété et la frustration. Leur douleur physique est la seule chose pouvant apaiser leurs émotions. Le trouble de l’automutilation peut également être perçu comme une stratégie adaptative dans le but de se débarrasser d’un état psychotique. Dans d’autres cas, ce geste peut être motivé par un sentiment d’infériorité, par exemple de ne pas se sentir « à la hauteur ». Ce sentiment pourrait aussi être motivé par une punition de quelque chose que l’automutilateur n’a pas commis, mais dont il se sent coupable. Certaines personnes tentent aussi, par ce geste, de communiquer dans le but de montrer leur détresse émotive, mais ils le font de façon négative.

Symptômes et conséquences

Les symptômes

La forme la plus commune d’automutilation est celle des coupures au niveau des poignets et de l’avant-bras, dans près de 75 % des cas. Il existe aussi d’autres façons de s’automutiler: la scarification, les tatouages, la reconstruction chirurgicale de parties du corps, la perforation du corps et de certaines de ses parties et l’ornement du corps.

Les épisodes d’automutilation sont quasiment identiques, ce qui implique une certaine ritualisation du comportement.

Les conséquences physiques
  • signes physiques de dépression en plus grand nombre
  • conséquences en lien avec les lacérations
  • douleur physique
  • possibilité d’infection
  • cicatrices : pour les automutilateurs celles-ci sont positives, car elles leurs permettent de raconter leur histoire.
Les conséquences psychologiques
  • Il est important de comprendre qu’«on note […] un risque plus grand de passage à l’acte en lien avec la persistance du comportement à travers le temps » (Favazza, 1989; Richard, 2005; Hawton et al., 1997 cités par Chandela, 2011).
  • L’automutilation est régulièrement considérée comme un comportement addictif en raison du sentiment de soulagement qu’elle procure. D’après une auteure : « […] le cercle vicieux créé par la séquence tension-soulagement entraîne souvent les adolescents dans une répétition des gestes afin de permettre la décharge » (De Luca, 2006 cités par Chandela, 2011).

Quels traitements sont efficaces?

Par définition, l’automutilation est un mécanisme de défense contre une angoisse que l’individu n’arrive pas à contrôler (Scaramizzino, 2004, p.26). Par contre, celle-ci est un mauvais mécanisme d’adaptation. Il est donc possible de constater que les automutilateurs ne s’adaptent pas à ce trouble, mais effectuent ces gestes afin de s’adapter aux situations stressantes de la vie courante. De plus, l’individu n’apprendra pas à vivre avec son trouble, mais tentera de s’y adapter en trouvant d’autres façons de gérer son stress et donc finira par être en mesure de contrer sa dépendance.

Dans le cas où l’individu utilise l’automutilation, un professionnel de la santé mentale sera souvent nécessaire. Le thérapeute doit aider le patient à découvrir les sources de stress pouvant provoquer ce comportement chez lui. Le patient tentera, à l’aide de son intervenant, de trouver de meilleures façons de gérer son stress. L’intervenant tentera ensuite de guider la personne vers une analyse de ses sentiments et une meilleure maîtrise de ses émotions dans le but que celle-ci s’apaise autrement. Le thérapeute devra aussi tenter d’aider l’automutilateur à repérer ses pensées malsaines dans le but de les réorienter vers des pensées plus positives. Pour conclure la thérapie, l’intervenant devra outiller le patient afin que celui-ci arrive à mieux communiquer pour obtenir le soutien de ses pairs si le comportement tentait de refaire surface.

Comment l’entourage devrait-il agir?

Il est conseillé d’agir avec calme, car juger ou punir l’individu aggraverait le stress et la détresse qu’il éprouve. Dans le même sens, il faut éviter d’exiger des choses de la part de l’individu comme de cesser immédiatement la conduite ou de voir les coupures. On peut dire des choses comme : «Je me fais du souci pour toi», «Explique-moi ce qui ne va pas», des choses simples qui ne pressent pas l’individu, et ensuite lui suggérer doucement de consulter un professionnel.

Il est également possible d’aider l’automutilateur dans ses démarches pour s’en sortir à court terme:

  • Il doit lui montrer qu’il l’aime.
  • Accepter la façon dont il se sent.
  • Apprendre à donner les premiers soins dont il a besoin.
  • Être disponible si la personne a besoin de lui.
  • Tenter de le distraire.

Il est également possible de soutenir l’automutilateur à long terme en trouvant des solutions au problème :

  • Tout d’abord, en questionnant la personne sur ses sources de stress.
  • Ensuite, en l’aidant à se fixer des objectifs ou en lui proposant des solutions.
  • Une autorité parentale équilibrée favorise le bon fonctionnement d’un adolescent et diminue le stress qu’il ressent.
Sources
American psychiatric association (2015). « Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders », 947 p.
Automutilation (2003). Dans dictionnaire de le psychologie. Paris, France : Quadrige/ Puf.
Automutilation. (2011). Dans Grand dictionnaire de la psychologie. Paris, France : Larousse-Bordas.
Chadela, Tina. (2011). « Automutilation ». Défi jeunesse : professionnelle du conseil multidisciplinaire, vol. 17. n° 3. (2011), p. 10-14.
CHEO (2010). « Ce qu’il faut savoir », Ontario, Canada. 7 p.
Douville, Olivier. (2004). « L’automutilation, mise en perspectives en quelques questions ». Du marquage du corps à l’automutilation, Anne Boissel, Blaise Pailler, Didier Lauru, Dimitra Douskos, Jean-Jacques Pailler, Laurie Laufer, Patricia Cotti, Pierre Pacaud, Simone Korff-Sausse, Simone Wiener, Sylvie Scaramozzino et Vincent Estellon. France : L’Esprit Du Temps, p. 7-25.
Dymetryszyn, Rose 2009. « La chair à vif ». Filigrane : écoutes psychanalytiques, vol. 18, n° 2, (2009), p. 31-37.
Frigon, Sylvie (2001). « Femmes et emprisonnement : le marquage du corps et l’automutilation ». Criminologie, vol. 34, n° 2, (2001), p. 31-56.
Lamber-Chan, Marie (2015). « Automutilation : quand se faire mal fait du bien ». Elle Québec, n°313, (2015). p. 98-100.
Morelle, Claire (1995). Le corps blessé. Automutilation, psychiatrie et psychanalyse. Paris : Masson, 182 p.
Paris, Joel (1997). « Succès et échecs dans le traitement de patients souffrant de troubles de la personnalité limite ». Santé mentale au Québec, vol. 22, n° 1, (1997), p. 16-29.
Scaramazzino Sylvie. (2004). « Pour une approche psychiatrique de l’automutilation ». Du marquage du corps à l’automutilation. Anne Boissel, Blaise Pailler, Didier Lauru, Dimitra Douskos, Jean-Jacques Pailler, Laurie Laufer, Patricia Cotti, Pierre Pacaud, Simone Korff-Sausse, Simone Wiener, Sylvie Scaramozzino et Vincent Estellon. France : L’Esprit Du Temps, p. 25-39.

Cet article est tiré de notre Journal L’Éclosion de décembre 2017.
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