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Normaliser l’anormal… ou choisir l’enfant différent

par Catherine Desrosiers

L’enfant né handicapé, qui est par la suite confié en adoption, porte son histoire qui demande à être écoutée.   Peu importe son handicap. Il y a eu coupure dans sa filiation biologique.

L’enfant que l’on adopte, à plus forte raison passé 3 ans, arrive portant un petit bagage. 

Quand on a la responsabilité d’offrir une éducation à un enfant adopté ou en voie de l’être,  il serait illusoire de croire qu’il suffit d’appliquer un modèle simple qui convient à la grande majorité des enfants « bios ».   Le parent compétent, qui a somme toute bien réussi avec son (ou ses) enfants biologiques, trouvera là un défi différent, que ce soit en raison du handicap de l’enfant ou encore à cause de ses vulnérabilités causées par la négligence.

Des choses simples, répétées 100 fois déjà, pourront être oubliées par l’enfant. Les liens de cause à effet ne seront pas faits. Les normes sociales seront déficitaires.  Le développement moteur et verbal ne sera pas harmonieux, comportera des délais.   L’enfant trouvera un chemin atypique, surprenant pour le parent.

Il faut donc refaire son schéma parental. Il faut s’entourer de personnes-clés.  Idéalement, avoir une personne ou deux, avec qui rire et dédramatiser.  Se ressourcer régulièrement, et faire fi des remarques souvent blessantes de l’entourage qui ne comprend pas pourquoi avec cet enfant-là, c’est si différent. 

Tout cela force à rechercher l’entraide, aller vers les autres, être créatif, chercher des solutions, découvrir des ressources jusque-là inconnues.

L’entraide entre familles est essentielle.   C’est ce qui ressort toujours des conversations que j’ai avec les familles adoptives : « je suis donc normale de penser ainsi? D’autres parents vivent des situations similaires? ».  Normaliser l’anormalité!  Voilà qui est au cœur des échanges entre parents, pourtant issus de réalités professionnelles et sociales différentes, mais unis par l’importance accordée aux enfants qui nous sont confiés.

Ces groupes d’entraide entre parents n’ont pas comme but de donner des solutions magiques, qui de toute façon n’existent pas. Aucune stratégie, mode d’emploi en 10 étapes ne sauront régler une bonne fois pour toute la difficile relation avec l’enfant en troubles d’attachement, ou ne saura répondre à la réalité locale d’une famille qui cherche à favoriser l’intégration sociale et scolaire de son enfant. Ont peut ici remplacer ces exemples par n’importe quelle réalité qui vous tient à cœur, en ce moment, mais qui a de fortes chances d’être partagée par d’autres parents au vécu parental similaire.

Comme des cartes d’un territoire non exploré, les formations, les lectures d’experts de différentes écoles vous permettent d’acquérir des bases cliniques et théoriques importantes. Mais le territoire reste à explorer, et il y a différents chemins.  C’est le parent qui devra faire ce chemin, défricher, avec sa sensibilité, ses connaissances, son intuition.

Dans cette exploration de territoire, les autres parents nous servent de guides, échangent sur leur vécu. C’est un savoir-faire issu de l’expérimentation terrain et cette richesse collective est une grande force pour notre association!

Cet article est tiré de notre Journal L’Éclosion de juin 2015.
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