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Rééquilibrer les chances

par Catherine Desrosiers

Il y a 25-30 ans, l’adoption d’enfants handicapés débutait au Québec. Les familles qui accueillaient ces enfants recevaient souvent comme message de l’entourage que tout irait bien “avec bien de l’amour et de la patience”.

Aujourd’hui, j’accompagne des familles qui désirent, tout comme les familles d’il y a 30 ans, adopter un enfant présentant de grands besoins. Riche des expériences des autres parents et professionnels, acquises au fil du temps auprès d’une génération d’enfants, ils savent pour la plupart que la patience et l’amour sont de bonnes bases, mais que cela ne suffira pas.

Entre les deux, les neurosciences, l’épigénétique, les avancées médicales et les études cliniques nous ont permis de belles avancées certes, mais également la confirmation de la complexité du développement humain.

Adopter existe depuis des millénaires et fait partie de l’inconscient collectif et des récits anciens. Dans les mythes populaires, les orphelins ou adoptés sont souvent des êtres d’exception qui connaissent un destin extraordinaire : Superman, Moïse, Hercule, Rhémus et Romulus, le vilain petit canard ou encore le Petit Poucet. Ces récits ont le bénéfice de rendre possible une issue positive à un destin pourtant marqué très tôt par un abandon souvent tragique.

Mais, pour le commun des mortels auquel appartiennent évidemment les adoptants, il s’avère difficile d’y voir clair entre le choc de plusieurs récits et tendances. Que leur reste-t-il comme garantie de succès dans leur parcours d’adoptants? Et comment mesure-t-on justement ce succès? Une histoire adoptive réussie s’observe quand il y a réciprocité entre l’adoptant et l’adopté. Parfois, cela s’observe aussi quand un couple choisit d’accompagner pour un temps un enfant. Dans la mémoire affective de l’enfant, cela s’imprime et vient influencer la suite. Cyrulnik parle à juste titre des tuteurs de résilience, qui peuvent jouer à différents moments dans la vie d’un enfant et pour des durées variables une fonction structurante importante. Le succès peut être de voir surgir par moment chez le jeune adulte adopté des instants de lumière malgré une vie chaotique par d’autres moments. Une histoire d’adoption réussie, c’est aussi d’avoir, comme parent, le sentiment d’avoir tout offert. Le parent se mobilise, veut offrir le meilleur de lui-même. Mais il ne peut pas être tenu à des résultats, trop de facteurs lui échappent. Ce succès est parfois invisible aux yeux qui ne sont pas affutés, surtout à cette époque de tape à l’œil et de mise en scène du Soi. Le succès de l’un est l’échec de l’autre.

Pour construire sa confiance en lui et son sentiment d’identité, l’enfant doit vivre des expériences positives qui deviendront de précieuses archives au sein de sa mémoire. La figure parentale stable, le parent “suffisamment bon”, comme le dit si bien Winnicott, disponible et bienveillant, vient structurer et s’émerveillera de ses expériences. Sinon, pour qui, et par qui vivre ces expériences formatrices? Pour offrir une chance de s’inscrire dans une filiation affective, et par-dessus tout, se construire une identité et trouver sens à sa vie, des figures parentales stables sont une pièce maitresse sur quoi se construira le reste.

Et c’est pour cela que nous sommes là à l’association.

On rééquilibre les chances.

Cet article est tiré de notre Journal L’Éclosion de mars 2018.
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