Accueillir ou adopter un enfant à besoins particuliers, c’est souvent accepter d’entrer dans un parcours rempli d’inconnu. Parmi ces réalités, la déficience intellectuelle (DI) fait parfois peur, surtout parce qu’elle est mal comprise. Pourtant, derrière les mots et les diagnostics, il y a avant tout des enfants, des histoires et des familles qui se construisent jour après jour.
Qu’est-ce que la déficience intellectuelle?
La déficience intellectuelle est une condition qui se caractérise par des limitations significatives du fonctionnement intellectuel et des habiletés adaptatives. Concrètement, cela peut toucher la façon dont un enfant apprend, communique, comprend les règles sociales ou développe son autonomie au quotidien. Ces limitations apparaissent généralement avant l’âge de 18 ans et varient beaucoup d’une personne à l’autre.
Il est important de savoir que la DI n’est pas une maladie et qu’elle ne définit pas l’ensemble de la personne. Elle peut être légère, modérée ou plus importante, et chaque enfant possède ses propres forces, intérêts et capacités. Certains auront besoin de plus de soutien à l’école, d’autres dans les gestes de la vie quotidienne, mais tous peuvent apprendre, évoluer et s’épanouir dans un environnement sécurisant et bienveillant.
Pourquoi un enfant peut-il avoir une déficience intellectuelle?
Les causes de la déficience intellectuelle sont multiples. Elle peut être liée à des facteurs génétiques, à des complications pendant la grossesse ou à la naissance, à des infections, à des traumatismes ou à un manque de stimulation précoce. Dans plusieurs situations, la cause exacte demeure inconnue.
Pour les familles d’accueil et adoptives, cette réalité s’accompagne parfois d’un passé complexe pour l’enfant, marqué par des ruptures, des négligences ou des retards de développement. Comprendre cela permet de poser un regard plus doux, plus patient, et d’ajuster les attentes au rythme réel de l’enfant.
NIVEAUX DE DÉFICIENCE INTELLECTUELLE (DI)
| Niveau de DI | Fonctionnement intellectuel (QI approximatif) | Fonctionnement adaptatif | Caractéristiques générales |
|---|---|---|---|
| Légère | Environ 50–55 à 70 | Difficultés légères dans les habiletés conceptuelles, sociales ou pratiques | Autonomie généralement possible avec peu de soutien; apprentissages scolaires de base; insertion sociale et professionnelle souvent réalisable. |
| Modérée | Environ 35–40 à 50–55 | Retards notables dans le langage, les apprentissages scolaires et l’autonomie | Besoin de soutien régulier; apprentissage de routines; autonomie partielle possible; travail en milieu adapté. |
| Sévère | Environ 20–25 à 35–40 | Capacités conceptuelles très limitées; communication simple | Dépendance importante pour les activités de la vie quotidienne; besoin d’encadrement constant. |
| Profonde | Sous 20–25 | Fonctionnement très limité sur les plans conceptuel, social et pratique | Dépendance quasi totale; communication très restreinte; besoins de soins et de soutien intensifs. |
Une histoire parmi tant d’autres
J’ai travaillé pendant plusieurs années auprès d’une clientèle ayant une déficience intellectuelle, plus particulièrement en accompagnement des familles d’accueil. Parmi tous les visages croisés, il y a une famille que je n’oublierai jamais, une famille du nom de Marie*, qui accueillait pour la première fois un enfant présentant une déficience intellectuelle.
Lorsque Thomas* est arrivé chez elle, il avait six ans. Il ne prononçait aucun mot et évitait le regard des adultes. On avait parlé à Marie de déficience intellectuelle, de retards de développement, de défis à long terme. Mais, dans le quotidien, qu’est-ce que cela signifiait vraiment? Ce que personne ne pouvait lui expliquer, c’est que Thomas adorait les camions rouges, qu’il riait aux éclats lorsqu’on chantait faux, et qu’il avait une façon bien à lui de dire merci, en déposant doucement sa tête contre l’épaule de l’autre.
Nous avons travaillé fort à décoder ses comportements. Les premiers mois ont été exigeants. Les routines prenaient du temps, les crises étaient fréquentes et les progrès semblaient parfois invisibles. Il y avait des journées où la fatigue prenait toute la place, où Marie doutait, se demandant si elle faisait « assez » ou « correctement ».
Puis, un soir, Thomas a pointé du doigt son verre vide et a dit clairement : « encore ». Un seul mot. Mais pour Marie, c’était immense. Ce mot représentait des semaines de patience, de répétitions, d’essais, d’encouragements… et surtout, un lien de confiance qui prenait racine. À cet instant précis, tout le travail prenait un sens.
Aujourd’hui, Thomas continue d’avancer à son rythme. Tout n’est pas simple, mais chaque petite victoire est célébrée. Un regard soutenu, une demande formulée, un sourire partagé. Marie le dit souvent : « Il n’a pas changé ma vie comme je l’avais imaginé. Il l’a changée autrement. Positivement. »
* nom fictif

Changer le regard, ensemble
Vivre avec un enfant ayant une déficience intellectuelle demande de l’adaptation, mais aussi une redéfinition du succès. Ici, les progrès ne se mesurent pas seulement en notes scolaires ou en étapes franchies « dans les temps », mais en bien-être, en confiance et en qualité de vie.
Parler de déficience intellectuelle, c’est aussi parler d’inclusion. Chaque enfant a le droit de participer à la vie de sa communauté, d’être reconnu pour ce qu’il est et non pour ce qu’il ne fait pas encore. L’inclusion commence dans les familles, mais elle s’étend à l’école, aux loisirs, aux milieux de vie.
Prenons le temps de mieux comprendre la déficience intellectuelle, d’honorer les parcours uniques et de souligner l’engagement des familles qui ouvrent leur cœur et leur foyer.
Ensemble, continuons à voir autrement, à apprendre autrement et à grandir ensemble.

Un texte de Roxane Courchesne, intervenante aux familles et aux services sociaux à l’Association Emmanuel.
Cet article a été publié dans le journal l’éclosion de mars 2026.
Sources principales des informations retrouvées dans cet article [cliquez pour dérouler les sources]
Société québécoise de la déficience intellectuelle : https://www.sqdi.ca/wp-content/uploads/2018/07/Qu_est_ce_que_la_deficience_intellectuelle.pdf
DSM-5 – Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. American Psychiatric Association (2013).
